Quand vous avez décidé, à l’âge de 15 ans, de devenir musicienne professionnelle, croyiez-vous que votre surdité vous empêcherait de réussir?

Mon lycée accueillait tout le monde. Il acceptait des élèves malentendants, des malvoyants, des élèves en fauteuil roulant, et ceux qui avaient des besoins spéciaux. Toutes les sections du lycée leur étaient ouvertes. Les malentendants pouvaient donc assister à la section musique, les malvoyants à la section sportive ou à celle de l’art. C’était vraiment important. Donc pour moi, penser devenir musicienne ne posait pas de problème.

Lorsque vous avez auditionné pour le Royal Academy of Music à Londres, ils vous ont d’abord refusée parce que vous étiez sourde...

Ils ont estimé qu’aucun orchestre n’emploierait une musicienne malentendante. Je leur ai dit que je ne voulais pas être dans un orchestre, que je voulais être percussionniste solo, alors pas de problème? Ils ont dit que ce rôle n’existait pas, et qu’il était alors impossible de m’accepter. Je leur ai dit: «Eh bien, c’est possible parce que j’y pense déjà, donc le rôle existe!»

D'où vient cette confiance en soi?

En fin de compte j’ai eu un désir ardent. Mais j’avais tellement de chance de grandir à la ferme familiale où j’étais indépendante depuis bas âge. En plus, mon lycée croyait que tout enfant avait quelque chose à offrir. Pour moi, en tant que jeune fille, consciente de porter des appareils auditifs, cet environnement était tellement positif. Pendant toute ma vie je gardais ce sentiment, que l’intégration est très très importante. Chaque enfant devrait avoir l’occasion de découvrir les arts.

A-t-il été difficile de lutter contre la perception générale des gens à propos de la capacité des gens sourds?

Oui. Nous aimons tous classer les choses. Si vous voyez quelqu’un dans un fauteuil roulant, vous supposez qu’il ne peut pas marcher – il se peut qu’il puisse faire une dizaine de pas. Classer les personnes sourdes et aveugles en couvrant les oreilles ou en fermant les yeux est une façon inexacte de définir ce que sont la surdité ou la cécité. On suppose que cela est plus simple pour tous, mais en fait c’est exactement le contraire qui se passe.