Un parcours professionnel qui s’arrête en quelques minutes
Actif pendant près de trente ans dans le domaine de la communication, de «l’electronic banking» du milieu bancaire, il écrivait dans des revues de sécurité informatique et intervenait également comme conférencier dans ce domaine. Charles-André Roh publia alors trois ouvrages sur le sujet du hacking et de la sécurité de l’information. Après avoir perdu complètement la vue, il écrivit alors un roman intitulé «Une gamelle au paradis» dans lequel trois chiens de service dont un guide d’aveugle sont mis en scène. Une intrigue pleine de fraîcheur et d’humour permettant de découvrir la vie sous un angle différent et surtout suivie d’un second roman «Dans le creux de l’oreille».

Si son parcours professionnel s’est arrêté en quelques minutes, la vie devait continuer et pour lui, seules deux options étaient possibles. La première consistait à rester au bord de la route et pleurer en rageant après la vie mais ce n’était pas tellement à l’image de son tempérament de Valaisan. Alors, il opta pour un second choix qui l’obligeait de prendre le train en route, retrousser les manches et utiliser les acquis de sa vie professionnelle comme valeur ajoutée dans sa nouvelle vie. Il continua dès lors ses activités de journaliste indépendant et de romancier aveugle. Enfin, avoir à ses côtés une épouse qui l’a régulièrement soutenu durant cette période est certainement le moteur de ce succès personnel.

La réinsertion professionnelle
Si certaines personnes devenant aveugles se trouvent souvent démunies pour débuter une reconversion ou réinsertion professionnelle, il convient de bien se souvenir qu’à l’annonce d’un handicap visuel, la personne concernée recevant en pleine figure sa nouvelle étiquette «aveugle», doit dans un premier temps accepter la situation. Accepter souvent de perdre son travail. Accepter d’être considérée autrement par les gens. Accepter d’être prise souvent par des personnes pleines d’empathie mais qui ont tendance à parler aux aveugles comme s’ils étaient des demeurés ayant rejoint la petite enfance. Charles-André Roh avec ses quelques années d’expérience dans le domaine de la cécité… se plaît à relever que les aveugles ont juste un sens prioritaire qu’est la vue qui a disparu mais que d’autres sens subsistent en ne demandant qu’à se développer.

Avec humour, il reconnaît qu’il ne peut plus voir physiquement une jolie femme en face de lui mais qu’il est presque capable de se l’imaginer en fonction de son parfum.

La réinsertion professionnelle demeure le nerf de la guerre pour la personne ainsi handicapée, car compte tenu de la vie économique actuelle qui vire au marasme, l’aveugle trouvera difficilement une place dans une entreprise même si ses qualités professionnelles se situent au-dessus de la moyenne de différentes candidatures en lice. Il ne faut pas se leurrer mais accepter l’évidence, un handicapé reste un handicapé et un aveugle reste un aveugle. C’est la triste vérité et seul le politiquement correct permet de faire passer la pilule avec des grandes théories et des déclarations d’intention souvent inapplicables. Mais tant qu’un office de l’emploi en France propose à une personne aveugle de suivre une formation pour devenir conducteur de train, il reste encore un petit pas à faire. Cet exemple n’est pas propre à notre pays voisin et la Suisse n’est pas en reste dans ce domaine.

Les moyens auxiliaires
De très nombreux moyens auxiliaires existent et permettent aux aveugles de continuer presque normalement de vivre au quotidien. Des moyens de marquage tactiles et électroniques, des logiciels informatiques permettent d’écouter tout ce qui se passe sur l’écran d’un PC ainsi que des moyens assurant un déplacement en ville avec la quasi-certitude d’arriver au but sans trop de casse.

Ces moyens auxiliaires se développent chaque jour et des nouveautés intéressantes apparaissent régulièrement. Si le braille reste encore une valeur sûre aujourd’hui, le chien-guide ne sera jamais remplacé car il présente deux particularités fondamentales. Il accompagne et aide l’aveugle ou la personne malvoyante à se déplacer avec fiabilité, mais surtout il offre une compagnie et une sécurité sortant de l’ordinaire. Un chien-guide n'a pas un maître, il a un partenaire ou un associé, c’est du moins ainsi que Charles-André Roh qualifie son chien-guide Taïga qui veille sur lui depuis six ans.

L’envie de se battre en s’entourant de personnes voyantes pouvant et voulant aider
Un aveugle tout seul est n’est plus grand-chose dans la vie. Par contre, en s’entourant de personnes positives, la vie devient bien plus facile. Ces personnes ne doivent pas nécessairement être amenées uniquement à aider lors d’activités mais surtout être bien dans leur tête et comprendre les besoins spécifiques d’un aveugle ou d’un malvoyant. C’est dans cette optique que Charles-André Roh est à l’origine et assure la présidence de Manigite-Association, qui œuvre bien entendu à aider des personnes en situation de handicap visuel en offrant différents moyens électroniques pour apporter une liberté de lecture. Il a surtout créé cet été un réseau social sur Internet entièrement sécurisé permettant aux aveugles de se faire décrire des photos par une communauté de voyants.
Jetez un coup d’œil sur Folky et vous découvrirez comment on peut tous s’entraider sans collecte de fonds ni autres engagements mais tout simplement en répondant positivement à celles et ceux qui veulent se battre pour s’en sortir et surtout affirmer que, oui, un aveugle peut vivre heureux.