Qui aurait cru, il y a seulement quelques années, qu’il serait possible de rendre la vue aux personnes devenues aveugles ? Pour la première fois, des chirurgiens ont greffé un implant rétinien homologué en Suisse, nommé Argus II, à un mal-voyant : une  prouesse réalisée le 30 octobre dernier par le professeur Thomas J. Wolfensberger à l’Hôpital Ophtalmique de Lausanne. Cette prothèse a été implantée chez un patient devenu aveugle des suites d’une rétinite pigmentaire, une maladie génétique. Il s’agit d’une des plus prometteuses thérapies destinées à restaurer la vue.

Rétine artificielle révolutionnaire

La rétine de l’œil est composée de cellules sensibles à la lumière, appelées photorécepteurs. Elles transforment les signaux lumineux en signaux électriques afin de stimuler les neurones. Ces derniers sont chargés d’acheminer les messages jusqu’au cerveau le long du nerf optique. La défaillance des photorécepteurs altère la vue et peut conduire à la cécité. «Pour résoudre le problème, nous avons posé un implant de quelques millimètres carrés sur la rétine du patient. Celui-ci contient des électrodes qui peuvent stimuler les cellules encore vivantes», explique le docteur Thomas J. Wolfensberger. Transmises au cerveau par le nerf optique, les informations créent une perception de formes lumineuses que le patient doit ensuite apprendre à réinterpréter pour recouvrer une certaine vision. Pour fonctionner, les images sont captées par une caméra miniature logée dans des lunettes. Elles sont ensuite envoyées par un petit ordinateur porté par le patient, qui les traite et transmet les signaux à l’implant par le biais d’une connexion sans fil.

Résultats saisissants

Après une période de rééducation, les patients implantés - environ 90 dans le monde - voient à nouveau, avec un modeste champ de vision. Ce traitement s’adresse aux personnes dont les cellules photoréceptrices ont dégénéré mais chez lesquelles les cellules nerveuses de la rétine et le nerf optique sont encore actifs. «La grande majorité des patients implantés peut se déplacer seul, repérer une porte dans une pièce ou encore suivre une ligne sur le sol. Dans les meilleurs des cas, ils parviennent même à lire des mots de très gros caractères sur un fond noir», se félicite le spécialiste. L’opération, qui a coûté environ 130 000 francs, a été financée par des dons privés et la Fondation Asile des aveugles. Autorisé aux Etats-Unis et en Europe, cet implant est intégralement remboursé dans certains pays, notamment en France et en Allemagne, mais pas encore en Suisse. « Les assurances maladie refusent de prendre en charge les implants rétiniens», regrette le professeur Thomas J. Wolfensberger. Nous avons lancé des démarches auprès de l’Office fédéral de la santé publique. Les choses changeront peut-être ces prochaines années».