Comment avez-vous perdu la vue?
En 1951, alors que mes parents ont déjà trois enfants, ma mère tombe enceinte. Le 28 décembre, je nais à seulement 5 mois et demi. Je ne pèse que 950 grammes. Je suis un grand prématuré. Je me suis accroché. Je suis resté trois mois en couveuse, jusqu’à terme.

A l’époque, le traitement des bébés prématurés n’était pas aussi élaboré qu’aujourd’hui. Les médecins ont donc commis une erreur. Ils ne connaissaient pas le dosage adéquat en oxygène. Ils en ont trop mis dans la couveuse et ça a brûlé tous les tissus, les nerfs optiques.

C’est pour cela que je suis devenu aveugle peu après ma naissance.

Comment vos parents ont-ils réagi?
Je suis né dans une famille d’un milieu très ouvrier. Personne ne savait comment faire! Ils n’ont reçu aucun manuel pour cela! Mais j’ai eu la chance d’être entouré par des parents aimants et ouverts. Ils m’ont vu et élevé comme tous les autres enfants. J’ai donc toujours réussi à être mobile et autonome. J’ai eu une enfance très heureuse.
 


 

Au début de ma carrière, dans les années 80, j’ai dû lutter pour décrocher mes premières auditions.

Comment avez-vous réussi à surmonter votre déficience visuelle?
Je n’ai jamais considéré que cela était un handicap. Je ne l’ai pas vécu comme un drame. Cela a été très tôt ma façon normale de voir et de fonctionner. Ma cécité m’a forcé à développer une personnalité très communicative avec les autres.

On ne voit pas qu’avec les yeux! En tant qu’aveugle de naissance, vous possédez forcément une énergie pour développer des capacités artistiques. Pour moi, cela a été la musique. Cela n’a cependant pas été facile.

Au début de ma carrière, dans les années 80, j’ai dû lutter pour décrocher mes premières auditions.

A la télévision, on me laissait chanter, mais on ne m’interviewait pas. Le monde du spectacle était très fermé.

Quel enseignement en avez-vous retiré?
J’ai appris qu’il était impossible de se battre contre une déficience. Mais il est possible de lutter contre le surhandicap. Je pense que chaque personne est différente et importante. On a chacun notre individualité.

On doit donner aux êtres la possibilité de fonctionner au mieux de leurs capacités. La société ne fait pas grand-chose pour assumer sa part d’adaptabilité.

J’ai dû me battre pour imposer des programmes en autodescription à la télévision française ou encore la touche sonore sur les claviers de distributeurs de billets.

Il y a encore du travail. L’important est de faire bouger les consciences. Je suis un fervent croyant aux possibles.